Thème : « Même si Dieu garde le silence, il veille toujours sur les siens » 
Texte : Esther 4.1-17 ; 9.1-10
Orateur: Pasteur Benjamin YANOGO     
Lieu&Date: Eglise Centrale, AD, Ouagadougou, BF – Dimanche: 31/01/16


Introduction

L’histoire relatée dans le livre d’Esther se déroule après les 70 années de captivité des Juifs à Babylone, entre leur premier retour sous l’égide de Zorobabel vers 538 av. J.-C. (Daniel 9.1-19), Esdras 1.1-6), et la deuxième série de retours dirigée par Esdras, vers 458 av. J.-C (Esdras 7.1-10) et Néhémie vers 445 av. J.-C. (Néhémie 1.1-2).

C’est l’histoire d’un combat entre Satan et Dieu. Ni l’un ni l’autre n’est nommé dans le livre, cependant ils sont manifestement à l’œuvre. Le serviteur de Satan est Haman tandis que Dieu est servi par Esther et Mardochée. Haman l’Agaguite (Amalécite), nommé 1er ministre du roi Assuérus monte un plan d’extermination des juifs à cause de sa haine pour Mardochée, le juif qui refusait de se prosterner devant lui. Il décide d’exterminer tous les juifs du royaume en un seul jour, le 7 mars 473 av. J.-C. Rappelons qu’une haine ancestrale opposait les juifs et les Amalécites. En effet, lors de leur sortie d’Egypte (vers 1445 av. J.-C.), les Juifs avaient été attaqués par les Amalécites (Exode 17.8-16), peuple issu d’Amalek. Dieu avait alors maudit les Amalécites, les livrant à l’extermination totale (Exode 17.14 ; Deutéronome 25.17-19). Saül (vers 1030 av. J.-C.) reçut l’ordre de les tuer tous, y compris leur roi Agag (1Samuel 15.2-3). Il ne le fit pas. Samuel dût lui-même tué Agag le roi d’Amalek (1Samuel 15.32-33). Haman, descendant d’Agag profita de son statut pour exterminer tous les Juifs. Or, ce n’est pas parce que Dieu a puni son peuple qu’il permettra à Satan de le frapper. Dieu discipline, par amour tandis que Satan détruit par haine.

Afin d’obtenir la permission du roi, Haman demanda la destruction de ce peuple qu’il accusa d’insoumission et proposa d’augmenter le trésor royal en le pillant (environ 350 tonnes d’argent). Le roi donna son accord à Haman et la décision de détruire, tuer et faire périr tous les Juifs, enfants, jeunes, vieux, hommes et femmes, le treizième du douzième mois, mois d’Adar (7 mars 473 av. J.-C.) fut scellée par l’anneau royal. La décision était ainsi irrévocable. On estime que le royaume d’Assuérus comptait alors 15 millions de Juifs. Ils s’y étaient multipliés et avaient beaucoup prospéré depuis le temps où ils furent déportés par Nebucadnetsar le Babylonien.

Dieu ne pouvait livrer son peuple à Satan. Dans sa prescience et sa souveraineté Il a suscité Esther la Juive comme reine. Mardochée, oncle d’Esther sera un maillon essentiel dans le plan de Dieu car c’est à travers ses directives qu’Esther servira le Dieu d’Israël bien que celui-ci ne soit nommé nulle part. Dieu était donc là, pleinement en œuvre, mais silencieux, imperceptible.

Quelles sont les leçons que nous enseigne ce livre ?

I – L’essentiel n’est pas de prononcer le nom de Dieu, porter une bible aux aisselles ou une croix au cou

Tout au long du livre le nom de Dieu n’est pas mentionné mais la foi en Dieu et l’attachement à ses principes sont mises en relief : jeûne de trois jours demandé par Esther (4.16).

D’aucuns pensent que prononcer régulièrement le nom de Dieu ou porter des signes chrétiens (bible, croix, vêtements, etc.) leur attirera l’estime du Seigneur. Non. Ce qui importe c’est d’avoir une attitude, un caractère et un comportement qui reflète Dieu, qui montre qu’on vit pour Lui. « Le Juif –le chrétien-, ce n’est pas celui qui en a les apparences ; et la circoncision, ce n’est pas celle qui est visible dans la chair. Mais le Juif –le chrétien-, c’est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’Esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif –chrétien- ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (Romains 2.28, 29)

Important : l’Africain est profondément religieux. Tout le monde parle de Dieu. Après les événements d’octobre 2014 et de septembre 2015 tous les Burkinabé ne cessent d’affirmer que Dieu aime le Burkina Faso. Cela est juste. Seulement, tous ceux qui le disent ne sont pas de Dieu. Il ne suffit pas de reconnaître que Dieu m’aime. La question est de savoir si moi je l’aime et si je me laisse transformer par Lui en Jésus, en agissant selon Sa volonté écrite dans Sa Parole.

II – Ne luttez pas pour monter en grade par vos propres plans. Faites la volonté de Dieu dans ce qu’Il vous a confié et lui-même vous élèvera au temps convenable à la position qu’Il juge la meilleure pour vous

Notre Dieu est le Seigneur des temps et des circonstances. « De la poussière il retire le pauvre, Du fumier il relève l’indigent, Pour les faire asseoir avec les grands. Et il leur donne en partage un trône de gloire ; Car à l’ Eternel sont les colonnes de la terre, Et c’est sur elles qu’il a posé le monde. » (1 Samuel 2.8) Il n’y a donc pas de hasard, il n’y a que Dieu qui contrôle chaque vie, chaque chose et chaque instant de notre histoire.

  • Dieu a élevé Esther en son temps pour un but : le salut des Juifs et la manifestation de sa gloire (Esther 1.7-10, 15-20 ; 4.14b). Il a voulu, par elle, montrer qu’Il est le Souverain et que nul ne peut détruire ses projets pour ceux qu’il a choisis.
  • Dieu a permis que Mardochée soit au courant d’un complot qui se tramait et en informe le roi par l’entremise d’Esther (2.21-23). Il a aussi permis que le roi oublie son sauveteur. Cependant, Dieu n’avait pas oublié et attendait le moment favorable, le temps de Dieu, pour le récompenser.

Ne luttez donc pas en usant de complots et de voies détournées. Accomplissez votre devoir avec sérieux. Dieu voit tout et il sait ce qu’il doit faire pour vous. Rappelez-vous toujours que ce que Dieu a prévu pour vous vous reviendra et que nul ne peut vous le dérober si vous demeurez en Dieu.

III – Si vous creusez une fosse pour faire tomber une personne, vous y tomberez vous-même (Proverbes 26.27 ; Ecclésiastes 10.8)

Haman a creusé une fosse pour Mardochée. Il y est tombé lui-même.

Evitons les plans machiavéliques. Au lieu de creuser une fosse pour le malheur d’autrui, pourquoi ne pas confier vos problèmes, vos désirs et vos plans au Seigneur ? Pourquoi ne pas dire à la personne contre laquelle vous êtes en conflit les choses que vous avez sur le cœur ? Pourquoi lui vouloir du mal alors que vous semblez n’avoir rien contre lui ? Ce sourire que vous lui faites est-il sincère ou est-ce un « baiser de Judas » ? Dieu fit tomber Haman dans la fosse qu’il  avait creusée. Le poteau qu’il dressa pour pendre Mardochée fut le poteau sur lequel on le pendit, tandis que Mardochée fut promu 1er ministre dans le royaume d’Assuérus.

Il en a été ainsi pour Haman, il en sera de même aujourd’hui si tu creuses une fosse, si tu concocte un plan pour y faire tomber l’homme, la femme que Dieu a créé.

IV – La foi en Dieu exige une utilisation adéquate de l’intelligence qu’Il vous a donnée

La planification et l’organisation ne sont pas proscrites en Christ, elles sont au contraire recommandées (Matthieu 10.16 ; Luc 14.28-32). En effet, le Dieu qui a dit « Recommande ton sort à l’Eternel, Mets en lui ta confiance, et il agira. » (Psaumes 37.5) est aussi celui au sujet duquel David s’exclame « Par tes ordonnances je deviens intelligent » (119.104a) et ensuite « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse » (139.14a). Ainsi, la foi en Dieu doit conduire le croyant à prier et ensuite à planifier.

  • Esther et le peuple juif de Suse intercèdent trois jours dans le jeûne pour que la reine puisse obtenir grâce auprès du roi Assuérus. La foi invite à la prière et parfois au jeûne. Mais bien souvent, on ne doit pas s’arrêter là ;
  • Esther use d’une approche pleine de suspens (5 et 7). Elle ne dit pas ce qui lui tient à cœur le premier soir, mais lance une autre invitation. Ainsi, elle gagne le cœur du roi en faisant durer son plaisir, et en même temps, provoque un développement de l’orgueil et de la bêtise d’Haman. En effet, le suspens provoque une insomnie chez le roi qui se met alors à lire les annales des chroniques du roi (6). C’est alors qu’il découvre ce que Mardochée avait fait et a du remord parce que cet homme ne fut pas récompensé en son temps. Il décida alors de corriger cette erreur. Au même moment, Haman flatté par les invitations de la reine s’enorgueillit et s’endort avec le projet d’éliminer Mardochée le lendemain matin, avant la grande extermination des juifs du royaume. Il vint de bonne heure dans la cour royale pour demander la permission de pendre Mardochée ce même jour. Dieu avait un autre plan. Haman se retrouva donc à parcourir tout Suse pendant toute la journée en tirant le cheval sur lequel le roi avait fait monter un Mardochée vêtu de vêtements royaux, et scandant le refrain : « C’est ainsi que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !». Il avait échoué et Mardochée était monté en gloire car Dieu en avait décidé ainsi ;
  • Après la mort d’Haman, Esther demanda que la décision royale soit abrogée. Mais cela fut impossible car un édit du roi des Mèdes et des Perses, scellé de son anneau, ne pouvait être révoqué. Mais il y avait une solution : le roi proposa qu’Esther et Mardochée écrivent au nom du roi aux Juifs de se rassembler le jour du carnage (8.7-14) pour se défendre et attaquer toute personne qui s’élèverait contre eux. On leur donnait donc un « permis de port d’armes » et la liberté de frapper ceux qui les provoqueraient en ce jour. Les lettres furent envoyées dans tout le royaume. Cette stratégie eut un grand effet : « Mardochée sortit de chez le roi, avec un vêtement royal bleu et blanc, une grande couronne d’or, et un manteau de byssus et de pourpre. La ville de Suse poussait des cris et se réjouissait. Il n’y avait pour les Juifs que bonheur et joie, allégresse et gloire.  Dans chaque province et dans chaque ville, partout où arrivaient l’ordre du roi et son édit, il y eut parmi les Juifs de la joie et de l’allégresse, des festins et des fêtes. Et beaucoup de gens d’entre les peuples du pays se firent Juifs, car la crainte des Juifs les avait saisis. » (8.15-17) ;

V – Ne craignez pas le roi, ne vous laissez pas corrompre non plus. Respectez-le tout en gardant vos objectifs divins, priez pour lui (1Timothée 2.1-4) et laissez Dieu faire le reste car « Le cœur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Eternel ; Il l’incline partout où il veut.» (Proverbes 21.1)

Mardochée n’a pas eu peur du roi Assuérus ; Esther ne s’est pas laissé corrompre par sa position de reine. Tous deux savaient qu’ils avaient un rôle précis à jouer à ce tournant de l’histoire. Ils savaient que Dieu seul est le vrai souverain sur la terre. Tout en respectant les lois et les règles du royaume, ils ont cherché un moyen pour présenter leurs requêtes au roi.

Tant que le monde sera, seul Dieu décidera de tout. Satan peut tenter plusieurs plans de destruction ; il parviendra peut être à faire du mal contre les peuples et même contre l’Eglise. Mais le diable ne peut rien faire sans avoir reçu la permission de Dieu. Toutefois, Dieu utilise même les prétendues victoires de Satan pour accomplir son projet : amener les hommes à se tourner vers Lui pour avoir la vie et l’éternité de gloire. C’est pourquoi Dieu, au temps convenable, décide de faire tomber tel roi malgré sa puissance et de faire monter tel autre et d’incliner son cœur où Lui Il le veut. Et il en sera ainsi jusqu’au retour de Jésus-Christ.

Ce que le chrétien doit faire, c’est de chercher à connaitre son rôle dans la société. Il doit comprendre qu’il ne doit pas craindre le roi ou se laisser corrompre tandis que le droit est méprisé. Il doit donc se demander : quelle mission Dieu m’assigne-t-il à ce moment précis.

Questions : Quel message Dieu attend-il du chrétien suite aux événements de 2014, 2015 et 2016 survenus au Burkina ? Que dire ou faire en faveur du peuple et des gouvernants vivant sans Christ ?

VI – N’abusez pas de votre autorité, faites ce qui est juste avec la fermeté et l’humilité qu’il faut

  • Haman a abusé de son pouvoir, il est tombé de la corde à laquelle il était pendu (7.10)
  • Les juifs auraient pu agir de même lors du carnage en pillant les peuples. Mais ne firent pas ainsi, ni à Suse ni dans les 127 provinces du royaume perse (9.10, 15, 16). Ils avaient reçu l’autorisation de piller tout comme Haman voulait qu’on le fasse sur eux, mais ils ne le firent pas. Ils ont seulement exterminé ceux qui les attaquaient ; ils n’ont pas voulu s’enrichir en pillant.

Lorsque Dieu vous élève à une position d’autorité, gardez à l’esprit que c’est pour Le servir et être au service du prochain. Restez humble, restez serviteur. N’agissez pas comme Haman qui croyait qu’il pouvait disposer de la vie des autres et qui se permit de dresser une potence avant même d’avoir reçu l’autorisation de tuer. Soyez fermes dans votre travail, dans vos exigences, dans les sanctions, mais n’abusez jamais de votre pouvoir, ne faites pas plus que ce que vous avez le droit de faire. Restez humble pour servir véritablement.

VII – Comptez les bienfaits de Dieu, ‘mettez les tous devant vos yeux’ et observez des moments de reconnaissance pour présenter des actions de grâces à Dieu

Que firent Mardochée et Esther ?

Mardochée écrivit ces choses, et il envoya des lettres à tous les Juifs qui étaient dans toutes les provinces du roi Assuérus, auprès et au loin. /  Il leur prescrivait de célébrer chaque année le quatorzième jour et le quinzième jour du mois d’Adar /  comme les jours où ils avaient obtenu du repos en se délivrant de leurs ennemis, de célébrer le mois où leur tristesse avait été changée en joie et leur désolation en jour de fête, et de faire de ces jours des jours de festin et de joie où l’on s’envoie des portions les uns aux autres et où l’on distribue des dons aux indigents. /  Les Juifs s’engagèrent à faire ce qu’ils avaient déjà commencé et ce que Mardochée leur écrivit. (9.20-23)

…D’après tout le contenu de cette lettre, d’après ce qu’ils avaient eux-mêmes vu et ce qui leur était arrivé, les Juifs prirent pour eux, pour leur postérité, et pour tous ceux qui s’attacheraient à eux, la résolution et l’engagement irrévocables de célébrer chaque année ces deux jours, selon le mode prescrit et au temps fixé. /  Ces jours devaient être rappelés et célébrés de génération en génération, dans chaque famille, dans chaque province et dans chaque ville ; et ces jours de Purim ne devaient jamais être abolis au milieu des Juifs, ni le souvenir s’en effacer parmi leurs descendants. /  La reine Esther, fille d’Abichaïl, et le Juif Mardochée écrivirent d’une manière pressante une seconde fois pour confirmer la lettre sur les Purim. /  On envoya des lettres à tous les Juifs, dans les cent vingt-sept provinces du roi Assuérus. Elles contenaient des paroles de paix et de fidélité, /  pour prescrire ces jours de Purim au temps fixé, comme le Juif Mardochée et la reine Esther les avaient établis pour eux, et comme ils les avaient établis pour eux-mêmes et pour leur postérité, à l’occasion de leur jeûne et de leurs cris. /  Ainsi l’ordre d’Esther confirma l’institution des Purim, et cela fut écrit dans le livre. (9.26-32)

NB : Cette fête annuelle d’actions de grâces n’avait pas pour but d’attirer les faveurs de Dieu. Elle visait à glorifier Dieu et le remercier pour sa protection. Purim est une fête durant laquelle on fait du bien aux autres et secoure les plus pauvres, par reconnaissance à Dieu pour tout ce qu’il a réalisé.

Toute action de grâces doit avoir cet objectif : célébrer Dieu, faire du bien aux autres, faire des dons aux indigents. Il ne s’agit pas de faire étalage de ses biens ou d’inviter ceux qui pourront à leur tour vous inviter, ou de chercher à faire comme l’autre, ou de vouloir s’attirer ainsi un supplément de bénédictions auprès de Dieu.

L’action de grâces consiste simplement à dire merci à Dieu avec les moyens dont on dispose parce qu’on lui est reconnaissant pour ce qu’il a fait pour nous, et par ce biais, faire du bien à ceux qui ne peuvent disposer du minimum et se réjouir sainement dans le Seigneur avec ses amis.

Conclusion

Bien-aimé, « the will of God will never take you where the grace of God cannot keep you » (auteur inconnu) « la volonté de Dieu ne vous conduira jamais là où la grâce de Dieu ne peut pas vous protéger ». Même si Dieu a permis que tu sois en captivité à cause de fautes commises, il sera là pour Te protéger si ton âme soupire après lui comme une biche soupire après des courants d’eau (Psaumes 42.1). Ce qui importe, c’est de toujours garder le caractère de Dieu là où il te conduit. Même s’il semble absent, silencieux, sache qu’il est là parce qu’il t’aime et ne veut pas te laisser entre les mains de Satan. Ainsi donc, agis selon son cœur là où tu te trouves.

Pasteur Benjamin YANOGO